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Avril 2008 : Les Géo-Grenelle récompensent la lutte contre les pesticides



Le concours des Géo-Grenelle, organisé par Ortech dans le cadre de Géo-Evénement 2008, a permis de montrer l’importance de l’information géographique dans la mise en œuvre des mesures et recommandations énoncées lors des Grenelle de l’Environnement. Technologie de l’ombre, les SIG n’en sont pas moins un maillon essentiel du développement durable. Onze organismes ont présenté une application pour le concours des Géo-Grenelle, dont les prix ont été remis le 9 avril après-midi par Patrice Parisé, le nouveau directeur général de l’IGN, qui sponsorise l’événement. Des GPS Evadeo et des lots de données, ont ainsi été offerts aux lauréats, qui ont présenté brièvement leur application.

Les pesticides modélisés

Nicolas Bozon a remporté le premier prix pour son « couplage de modèles météorologique et géomatique : application à la dérive atmosphérique des pesticides agricoles ». Actuellement doctorant au Cemagref, et avec l’appui de l’université de Montpellier II et de SupAgro, il a développé un outil OpenSource permettant de calculer et de visualiser les nuages de dispersion des pesticides répandus par les agriculteurs en tenant compte de la topographie, des vents, mais aussi des paramètres de pulvérisation (taille de la parcelle et nombre de rangs, vitesse du tracteur…).

« Le premier objectif de l’application est de coupler un modèle de dispersion atmosphérique des pesticides à complexité réduite (Drift-X) avec les SIG. Cet assemblage nécessite d’abord l’optimisation du modèle mathématique en fonction de paramètres géomatiques (comme la topographie et les changements d’échelles), afin de spatialiser le nuage de dispersion et d’être à même de réaliser des simulations appliquées à la réalité du terrain. Une fois ce travail de préparation réalisé, il s’agit d’utiliser le SIG pour d’une part produire automatiquement des données d’entrées supplémentaires à Drift-X (Modèles Numériques de Terrain), et d’autre part valoriser et cartographier les sorties du modèle. La validation mathématique du modèle de dispersion sur topographie réelle et l’usage de bases de données agro-météorologiques (vents, parcelles, traitements...) permettent d’effectuer des simulations de la dispersion atmosphérique des pesticides après les traitements. Les nuages de dispersion atmosphérique simulés sont donc localisés dans leur environnement géographique, ce qui rend ensuite possible grâce aux SIG et aux géostatistiques, diverses analyses de risques de pollution » explique le chercheur dans son dossier. « Drift-X a été développé sur la base des équations de mécaniques des fluides et utilise une métrique originale basée sur les temps de transport. Une fois validé, le modèle est mis en oeuvre dans un exécutable très rapide en Fortran (une seconde pour une simulation sur 5 km²), qui lit les paramètres topographiques et météorologiques en entrée, et restitue des nuages de dispersion géoréférencés en sortie. L’implémentation de Drift-X dans un logiciel SIG a été réalisée dans Quantum GIS, retenu en raison de son caractère évolutif. Ces derniers ont permis de développer un plugin de dispersion atmosphérique pour QGIS, permettant à la fois de paramétrer le modèle avec ses propres données, d’automatiser l’acquisition des données altimétriques nécessaires au modèle, de lancer l’exécutable Drift-X, et de cartographier directement le nuage de dispersion sous forme de couche SIG vectorielle et/ou matricielle. Il est donc possible d’utiliser le nuage de dispersion en tant qu’objet géographique, et de le mettre en relation avec d’autres données géospatiales, pour mener des analyses de risques. »

Si des mesures sont ponctuellement effectuées pour évaluer la présence de pesticides dans l’atmosphère, le travail de Nicolas Bozon est original dans la mesure où il permet une modélisation « à la source », c’est-à-dire au moment même du traitements, voire avant. L’outil n’est aujourd’hui accessible qu’aux chercheurs spécialistes, mais il devrait permettre aux agriculteurs de programmer leurs traitement en fonction de la conformation des vents, évitant ainsi les périodes particulièrement propices à la pollution. Comme chacun s’en souvient, la diminution du recours au pesticides a été un point de discussion particulièrement tendu lors des Grenelle de l’Environnement. Le jury a souhaité récompenser cette application située au cœur d’une problématique cruciale de santé publique et de développement durable. De plus, le calcul du modèle et le développement d’un outil permettant de le coupler à un SIG OpenSource ont été appréciés.

Deuxième prix : Gaz à effet de serre à Paris

Comment évaluer la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre liés au chauffage des logements dans la capitale ? Pour tenter une première réponse à cette question, l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR) a mobilisé une grande variété de données géographiques.

De nombreux facteurs ont été pris en compte pour différencier les immeubles : la qualité d’isolation, qui renvoie elle-même à leur date de construction, la morphologie de l’habitat (compacité, orientation des façades, effets de masque des immeubles les uns par rapport aux autres, etc.), le mode de chauffage (individuel, collectif, urbain…), le mode de facturation (à la consommation ou au prorata des tantièmes de l’immeuble), le type d’énergie (gaz, pétrole, charbon, chauffage urbain, électricité…) et, bien sûr, le comportement des ménages (niveau de température, réglage de température en fonction de la présence ou non dans l’appartement, etc.).

Disposant déjà de nombreuses données, l’APUR a créé une nouvelle couche du bâti au 1/500, où chaque bâtiment est qualifié par sa période de construction, son nombre d’étages et sa hauteur, la longueur de ses murs, son orientation principale ainsi que la largeur de la rue. A chaque époque de construction a été défini un modèle permettant de calculer les déperditions, les consommations théoriques et réelles d’énergie et les émissions correspondantes de CO2.

« Par ailleurs les données tirées du recensement de la population de 1999 concernant le mode de chauffage des résidences principales et le type d’énergie utilisée ont été intégrées à l’IRIS. Tous les rapprochements en termes de nombre d’habitants se sont faits à l’IRIS et en termes de surfaces de plancher habitable au niveau de la parcelle (source DGI, fichier de la propriété bâtie). Enfin les évaluations de consommation globale par type d’énergie sur tout Paris, effectuées avec le concours du CEREN, ont permis d’affiner les calculs » expliquent les auteurs de l’étude. De nombreuses cartes ont ainsi permis d’établir un diagnostic complet, qui a fait l’objet d’un rapport d’étude. Même si cette étude ne peut pas se substituer à des bilans par bâtiment, elle dévoile des quartiers contrastés, ce qui permettra à la ville de cibler ses actions. Le jury a apprécié la richesse des traitements et l’originalité de la démarche, qui se situe en amont des analyses plus fines et exploite des données sans doute plus facilement mobilisables par des villes qu’une analyse thermographique.

- Cette carte qui illustre la répartition spatiale des émissions de carbone des parisiens pour le chauffage de leur logement montre une très forte dissymétrie entre l’Ouest de Paris et le reste du territoire. Ceci s’explique notamment par une forte utilisation du fioul couplée avec des surfaces de logement par habitant très importantes dans les 16e et 7e arrondissements.

Troisième prix : Conseil en mobilité à Rennes

Même si les villes sont désormais tenues de réaliser des plans de déplacement d’entreprise, la métropole rennaise a été parmi les premières à proposer une démarche aussi complète, qui accompagne les entreprises dans leur bilan et leurs actions en s’appuyant sur un SIG. C’est un véritable conseil en mobilité à destination des entreprises qui a été mis en place.

Les enquêtes réalisées auprès des entreprises, s’appuient sur les données géoréférencées dont dispose Rennes Métropole tels que les lignes de bus, le réseau de cars, les gares et lignes du réseau ferré, les équipements (écoles, crèches, lieux de restauration….), les parcs de stationnement publics, ainsi que les stations de vélos en libre service, etc.

Chaque entreprise est ensuite géoréférencée et qualifiée (nombre de salariés, de places de parking, de parcs vélos…). Les enquêtes, saisies dans Access, précisent pour chaque salarié son lieu de travail, son adresse exacte (données cadastrales sur l’agglomération, rue sur le département), son degré de motorisation, ses pratiques de déplacements en général, sa boucle de déplacement domicile-travail (modélisée grâce au SIG), ses pratiques à l’heure du déjeuner ainsi que ses propositions…

Le cumul des boucles de déplacements permet d’obtenir automatiquement les parts de marché de chaque mode, site par site, ainsi que la répartition des salariés dans chaque commune ou par tranche de distance domicile-travail, les distances parcourues par modes. Le bilan environnemental (CO2, Nox, COVNM, Particules…) et l’évaluation du coût des déplacements sont également calculés. Forts de ces éléments, les entreprises, accompagnées par l’animateur de l’agglomération, peuvent mettre en place une stratégie pour réduire les impacts de l’usage de la voiture individuelle. A ce niveau, l’exploitation d’un SIG et de ses requêtes est cruciale, car cela permet d’affiner les propositions. Mais l’agglomération ne se contente pas d’accompagner les bilans. Elle délivre par exemple désormais un label déplacement durable. « A ce jour, 95 établissements, représentant 44 000 salariés ont sollicité le conseil en mobilité de Rennes Métropole » se félicite Christophe Hazo, responsable du conseil en mobilité. « 30 établissements ont suivi la démarche globale de diagnostic de Rennes Métropole, 40 ont signé la charte de communication de Rennes Métropole, 23 respectent le critère vélo et 215 entreprises ont adhéré à la centrale de covoiturage. » Une application opérationnelle qui a séduit le jury !

Même si seules ces 3 applications ont été récompensées, 2 autres candidats ont été invité à présenter leur application lors de la remise des prix : Erwann Lagabrielle de l’IRD pour son travail de thèse sur l’aménagement du territoire préservant la biodiversité sur l’île de la Réunion et Hélène Durand d’Alisé sur l’analyse du volet paysager du schéma Eolien de l’Avesnois. Les 11 projets étaient de qualité. Des travaux de thèse (Erwann Lagabrielle, Nicolas Bozon) y ont côtoyé des applications opérationnelles (covoiturage, schéma éolien, site d’information sur les espèces de poissons en Afrique, bilan mobilité pour les entreprises…). Plusieurs thèmes clés des Grenelle de l’environnement ont été abordé : la pollution, l’énergie, la préservation de la biodiversité, le changement climatique, l’agriculture durable… Preuve, une fois de plus, que l’information géographique est partout et qu’elle peut être utile à toutes les échelles. Bravo à tous !

Les membres du jury :
- Président : Philippe Minier, Canton de Genève
- François Brun, directeur général adjoint de l’IGN
- Hubert d’Erceville, journaliste, rédacteur en chef du Guide Informatique
- Guillaume Maincent, rédacteur en chef adjoint d’Environnement Magazine
- Yves Miserey, journaliste aux pages sciences du Figaro
- Stéphane Sémichon, journaliste spécialisé dans la construction, l’urbanisme, les nouvelles technologies

Les 11 projets présentés :

- Consommation d’énergie et émissions de gaz à effet de serre liées au chauffage des résidences principales parisiennes, présenté par l’APUR
- Des solutions pour aménager le territoire en protégeant la biodiversité : application à l’île de la Réunion, présenté par Erwann Lagabrielle, IRD US Espace
- FAUNAFRI, présenté par Rainer Zaiss et Didier Paugy de l’IRD
- L’atelier d’urbanisme et de développement durable de la ville d’Issy-les-Moulineaux, présenté par la ville et Navidis
- Impacts des projets éoliens, présenté par Geobs
- Climat local et pollution de l’air à l’ozone dans les agglomérations de Tours et d’Orléans, présenté par ATMO Expert
- Couplage d’un modèle de dispersion atmosphérique des pesticides agricoles avec les Systèmes d’information géographique, par Nicolas Bozon, Cemagref
- L’application « conseil en mobilité » de Rennes Métropole, présentée par Christophe Hazo de Rennes Métropole
- La géomatique dans le Vent : Volet Paysager du schéma Eolien de l’Avesnois, présenté par Hélène Durand (Alisé), en collaboration avec J. Evrard et D. Pamart (PNR de l’Avesnois).
- Géo-Gestion des risques : Inondations : le bénéfice des images évènementielles, présenté par le SERTIT
- Otto et Co, je covoiture naturellement, présenté par les sociétés ECOLUTIS et 2D3D.GIS



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  •   OSM met la gomme
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  •   L’impossibilité d’une île
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  •   Open data et géomaticiens : « je t’aime, moi non plus »
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  •   Octobre 2011 : Le coût d’une tuile
  •   Septembre 2011 : Les IDG régionales auraient-elles pris le pouvoir ?
  •   1er juillet 2011 : Découvrez GIS & Geomatics Intelligence
  •   Juin 2011 : Rencontres SIG La Lettre : un temps pour s’interroger
  •   Mai 2011 : Google crée le buzz à Where 2.0
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  •   Mars 2011 : Adresses et numéros de parcelles : le décret qui précise
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  •   octobre 2010 : L’État donne de nouveaux objectifs à l’IGN
  •   septembre 2010 : Je suis ici !
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  •   septembre 2008 : Beau palmarès aux jeux géolympiques
  •   Juin 2008 : Assises du numérique : faites entendre votre voix
  •   Mai 2008 : No frontiers !
  •   Avril 2008 : Les Géo-Grenelle récompensent la lutte contre les pesticides
  •   Mars 2008 : Géo-Evénement a 20 ans
  •   février 2008 : Le cadastre s’affiche
  •   Janvier 2008 : INSPIRE, l’heure de la mobilisation générale a sonné
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